Nous n'avons pas abordé le sujet sur le blog, mais c'est quelque chose qu'on nous demande souvent : comment ça se passe la vie à plusieurs ?
La vie en coloc, pour nous c'est se partager une grande maison à 6.
Une petite présentation s'impose :
– il y a d'abord nous (
oui, oui), au 2ème étage, avec notre salle de bains rien qu'à nous
– il y a Akiko, Jjune et Kévin au 1er étage, et Jey au rez-de-chaussée. Tous les quatre se partagent une salle de bains au 1er.
- Akiko est d'orgine japonaise. Elle a 32 ans et est revenue à l'université pour, à terme, travailler dans des ONG humanitaires.
- Jjune est thailandaise, elle est née en juin, (et s'appelle Jjune ah ah ah) mais je ne sais pas quelle année. Après une licence de pharmacie à Bangkok, elle a débarqué à Birmingham pour des études de marketing international. Le lien ? Elle veut bosser dans le marketing pour de grands groupes pharmaceutiques comme Sanofi Aventis.
- Kévin, lui, est un peu moins exotique... il vient de la fac de Lettres de Poitiers, a 19 ans, et passe son année Erasmus à Bimingham car sa petite-amie, est anglaise et originaire de ce petit bout d'Angleterre...
- Enfin, il y a Jey. Il se dit indien, mais a la nationalité allemande, sa famille ayant fuit l'Inde après des guerres civiles. Un indien donc, qui n'a jamais été en Inde, a vécu 12 ans en Allemagne et 9 ans à Londres. C'est la première année qu'il étudie à Birmingham, car l'université est bien réputée pour ce qu'il souhaite devenir : ingénieur-chimiste.

Notre coloc, c'est donc beaucoup de
cultures différentes, avec un seul langage : l'anglais. Et ça, c'est pas forcément le plus facile : si, au lycée, on nous apprend à dire
"l'auteur montre le caractère particulier du personnage dans cet extrait", ou à Sciences Po "la remise en cause du libéralisme est visible dans cette caricature", on se retrouve souvent très embêtés lorsqu'on veut dire des mots tous cons, du type "poivrons", "poelle" "robinet", "plafond", "moquette"!
Quand on a pas google translate ni un dictionnaire à proximité, et qu'on veut dire «
oh, tu fais des crevettes ? J'adore ça »... on se lance dans de grandes paraphrases, qui donneraient en français
«
oh, tu cuisines des trucs roses et blancs qu'on trouve dans la mer ? J'adore ça » !
Vivre en coloc, c'est aussi devoir s'
organiser : comment on paie les factures ? Qui sort les poubelles ? Qui remet un nouveau sac dans la poubelle ? Qui passe l'aspirateur dans le salon ? Qui lave le four et le micro-ondes? Qui essuie les miettes sur le grille-pain que tout le monde utilise ?
C'est pas toujours évident, mais ça se fait plus ou moins naturellement... Nous n'avons pas établi de planning, chacun lavant sa vaisselle et plus ou moins ce qu'il salit.
Bon, personne n'a encore trouvé le temps de laver le four, qui était vraiment sale quand on a emménagé. Du coup, personne ne l'utilise. Personne non plus n'a encore passé l'aspirateur, mais ça se voit pas trop, y'a de la moquette... Quelqu'un a lavé le micro-ondes (
c'est pas moi), et, souvent, je nettoie souvent les miettes sur le grille-pain. De temps en temps, je m'occupe aussi des poubelles... Mais c'est toujours une bataille, car les poubelles sont remplies à ras bord (
à 6, ça se remplit vite), jusqu'à ce que quelqu'un ait le courage de mettre un nouveau sac ! C'est une grande satisfaction quand tu reviens une heure plus tard et que quelqu'un l'a fait entre-temps … En résumé, c'est pas toujours facile, mais ça se fait plus ou moins.
Enfin, nous ne partageons pas la salle de bains avec les autres, et ça c'est un gros point positif... On est tranquilles et on évite les situations embarrassantes, comme il y a deux semaines où Jjune a surpris Jey sous la douche !
Mais notre coloc, c'est avant tout un
échange entre cultures, manières de vivres et habitudes différentes. Souvent on se croise, parfois on mange ensemble. Pas tous les soirs, midis ou matins... Chacun a ses horaires différents, comme Jjune qui prend son repas le soir souvent vers 17h, ou Jey qui prend parfois son petit-dej à 14h. Quand nous, on prend notre déjeuner ou notre goûter aux mêmes heures, il arrive qu'on mange ensemble.
Comme vendredi dernier, où François et moi mangions devant une débilité à la télé anglaise vers 21h, et où nous nous retrouvons avec Akiko (la japonaise, pour rappel). On teste le riz japonais et les nouilles chinoises, et on partage un bon camembert bien-coulant français.

On discute de nos habitudes, de notre façon de voir les choses. C'est parfois
frustrant de parler anglais, de ne pas pouvoir trouver le mot exact pour expliquer notre
culture....
Mais c'est aussi, pour la première fois, se sentir fier d'être français quand on entend : "mais c'est presque gratuit la santé en France ? Vous ne payez pas 5000 € par an pour étudier ?" et se retrouver bêtes quand on entend "mais pourquoi ?"...
Comment expliquer vraiment son pays à des étrangers ? Des choses qui nous paraissent si simples et évidentes prennent une toute autre dimension.
Quand j’entends, Akiko me dire : "mais vous pouvez avoir des enfants sans vous marier en France?", ce n'est pas facile de répondre "oui, évidemment!". On se rend vite compte que les différences culturelles sont profondes, à la fois dans nos manières de penser et notre façon de se comporter.
C'est parfois
futile, comme lorsque Akiko baisse continuellement la température disponible au chauffe-eau. Notre évier comporte 2 robinets, un pour l'eau froide et l'autre pour l'eau chaude, mais elle n'est pas habituée à mélanger l'eau froide et l'eau chaude pour faire de l'eau tiède pour laver la vaisselle par exemple... Elle préfère donc baisser directement l'eau chaude disponible dans toute la maison...C'est ainsi qu'on a toujours froid quand on prend notre douche !

Nous avons aussi été
surpris quand Jey, Jjune et Akiko, sont allés demander à l'agence des choses assez chères. Ils ont donc exigé un nouveau frigo, un sèche-linge, une sonnette, un numéro sur la porte, un nouvel aspirateur... Qui irait demander ça à son proprio une fois installés dans la maison en France ?
(Pour la petite histoire, nous avons gagné un frigo grâce à eux !)
Nous vivons donc dans un univers vraiment
enrichissant, et parfois étonnant. Par exemple, lorsque la thaïlandaise nous dit que ses amis adorent regarder les matchs de foot français et anglais, et qu'elle a déjà entendu parler du PSG et de l'OM... Ou encore lorsque la japonaise nous dit que son film préféré est
Amélie (traduction anglaise de notre "le fabuleux destin d'Amélie Poulain")...
Enfin, dimanche dernier, nous avions décidé de faire, tous ensemble, un « vrai » dîner, chacun cuisinant une
spécialité de son pays...
Nous avons fait goûter du fromage, du vin et bien entendu, des crêpes...
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| François aux crêpes (vous pouvez voir nos deux frigos!) |
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| Apéros japonais (sortes de cacahuètes) |
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| Fondants aux chocolat de Kévin, et appareil pour cuire le riz, très commun en Asie |
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| Nourriture japonaise et thaïlandaise, assez épicé ! |